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ZADIG'S TALENT

Davide Balula, les portes de la perception

Matière organique, technologie, musique : autant d’éléments que l’artiste français transcende pour mieux prendre le pouls de la condition humaine et dépasser les limites de l’art.

Démiurge de l’espace qu’il compresse ou distend, qu’il redéploie, au gré de ses installations acoustiques et de ses réalisations connectées ; sculpteur de l’indicible quand il projette la poussière accumulée et recueillie par les services d’entretien du lieu, durant une exposition, au travers d’une fenêtre lumineuse… Pour Davide Balula, il est moins question de maîtriser son environnement que d’en dévoiler la vérité impalpable. Sa manière d’appréhender la matière est empirique, ludique. Son rapport au temps, qui fait son œuvre, n’est pas sans rappeler celui du pionnier de la musique répétitive Steve Reich. Alchimiste, sismographe, Davide Balula enterre des toiles vierges ou les plonge dans l’eau des rivières jusqu’à ce que le terreau ou les sédiments y laissent leur empreinte. Les brûle, avant d’en reproduire les stigmates sur d’autres châssis. Son art relève de la prestidigitation, du chamanisme. Il sait aussi se faire facétieux quand, aidé du chef cuisinier Daniel Burns, ce Français né en 1978 à Annecy le transforme en crème glacée aux parfums de bois brûlé, de fumée, de fleuve ou de poussière. Aux croisements de la poésie et de la science, l’œuvre de Davide Balula, du micro au macro, questionne la condition humaine et submerge jusqu’au vertige. Interview sur le fil.

De quoi votre réflexion artistique se nourrit-elle, au quotidien ? 
Celle-ci commence par un petit déjeuner équilibré, avec souvent un doigt devant l'écran. Généralement en compagnie de lectures liées à la bio-ingénierie. Pique-nique à midi et ballades. Pause décaféinée liquide dans l’après-midi. Dîners entre amis.

Un matériau, un médium ou un élément avec lequel vous n’avez pas encore expérimenté et qui vous intrigue, au point d’en tirer des recherches ? 
La levure de boulanger, le silicone hors mine, l'eau minérale, le radium, le graphène, le nitrogène liquide, le CO2.

Votre rapport à la matière, aux éléments ? Dialoguez-vous avec eux ? 
Je leur envoie régulièrement des messages mais ceux-ci restent sans réponse.

Y a-t-il un musicien qui se rapproche de votre démarche ? 
Je crois mon travail très musical. Beaucoup de musiciens proches… Alvin Lucier, Robert Ashley, Aperghis, Xenakis, Giannis Hasiklis, Lee Ranaldo, Luc Ferrari...

Quel rapport éventuel entretenez-vous avec le travail de John Cage ou de Steve Reich ? 
Steve Reich n'habite pas loin de chez moi, juste à côté, mais je ne l'ai jamais croisé. Je me demande si c'est ça aussi se sentir proche. John Cage n'habite plus, mais je le sens tout aussi proche. Cage est fascinant : cette rigueur ultime au moment de l'interprétation de ses pièces qui ne sont détachement, hasard et simplicité qu'en apparence.

Votre œuvre est-elle affaire de synesthésie poétique ? 
Tout, tout est affaire de synesthésie poétique. Il suffit d'en parler à haute voix avec une main sur la gorge.

Est-elle aussi un moyen de révéler l’insoutenable légèreté de l’être, notamment face au temps ? 
Le temps est en face de nous mais généralement on n'en perçoit que le derrière. Et c'est tant mieux car notre derrière est l'élément le plus essentiel au soutenable. Sa forme est fascinante, sexy et confortable. 

Etes-vous un sceptique ? 
Difficile de prouver qu'il existe un monde en dehors de nos sens. J'aime la logique pourtant, les rivières (leur fond) et le langage. Difficile à dire si cela fait de moi un sceptique, certainement un pragmatique.

Sur quoi porteront vos prochains travaux ?
En ce moment, quand je ne suis pas en train de brûler du bois ou occupé à la pêche, je travaille sur un projet qui tient dans la main et tient du mime. De la pratique du mime, j'entends. Ceci dans le prolongement de mes projets précédents de pickpocket, crochetage de serrures, et comment ouvrir des portes avec des sculptures. Je continue aussi à réfléchir à l'avenir de l'eau. J'essaie de toujours avoir de l'eau sur moi, je la porte comme un bijou.

Quelle est la meilleure chose qui pourrait arriver à votre art ?
Qu'il circule à travers qui veut sans avoir besoin d'emballage ou timbres. Qu'il puisse être sifflé en harmonie par un chauffeur de taxi et un cycliste en même temps. Qu'il marche dans la rue sans laisse mais non sans odeur. Qu'il devienne alternativement transparent, opaque ou réfléchissant. Qu'il n'ait plus à se soucier de la météo de demain.

 Davide Balula est représenté à Paris par la galerie Frank Elbaz, 66 rue de Turenne (Paris III).

 

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