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Minuit, interview tribu et style pour Zadig & Voltaire

Joseph, guitariste : «pour nous, le style, c’est une question d’univers.»

Pop, groove, funk blanc : un groupe à part, adepte du mélange des genres et des hybridations.

Raoul, guitariste (blouson KATE, chemise TAB, jean SROKES).

Tanguy, batteur (surchemise TACKL, jean PLATINE BLACK).

Simone, chanteuse : « mélanger les fripes et le moderne, oser. Et garder le plus voyant pour la scène, où tout est permis.»

Klem, bassiste (veste LASSO).

Zadig Society

Minuit, les enfants du rock

Portés malgré eux par Simone et Raoul (les enfants de Catherine Ringer et Fred Chichin, alias les Rita Mitsouko), ce quintette parisien pratique moins la filiation musicale que la science du mélange hybride, impeccable et unique dans sa catégorie. Mécanique d’horlogerie et dosage parfait : et soudain, Minuit vint.

Paradoxe : un terme qui résume assez bien le propos de ce groupe, promis dès ses débuts à un brillant avenir. Les chiens ne faisant pas des chats, Simone Ringer et Raoul Chichin (respectivement, à la ville, fille et fils des Rita Mitsouko Catherine Ringer et Fred Chichin) auraient pu se contenter de faire fructifier le patrimoine familial en œuvrant en duo. Ils ont préféré s’imposer en rang serré, à cinq – une arithmétique qui leur va bien. Elle a la voix et le physique de sa mère, lui la longueur élastique et le toucher de guitare prodige de son père. La comparaison s’arrêtera là. Au jeu des ressemblances, Minuit préfère prendre la tangente pour s’imposer dans sa catégorie : celle d’une pop à revers, qui fait feu de tous genres, ou d’une funk aux yeux bleus à en faire pâlir plus d’un. Débuté sans calcul il y a près de deux ans (Simone, étudiante en arts à l’époque, réalisait des illustrations assez folles dont on peut encore trouver trace sur le web), le quintette tire aujourd’hui son épingle du jeu. Sans esbroufe, mais savamment. Avec un premier EP éponyme*, sorti à l’automne dernier, qui synthétise les époques et les références de haute volée. Avec des clips vidéo interlopes et léchés – le dernier en date, celui de leur single “Caféïne”, fait des miracles dans son genre… «Work in progress», tout jeune groupe, mais aussi cas assez unique sur le territoire français : Minuit, une somme bien dans son époque, fan de Stanley Kubrick, de Michael Jackson comme d’art cinétique. Minuit, représentatifs d’une nouvelle génération de musiciens, le style en plus. Un groupe qui vous veut du bien.

La musique, pour Minuit, une affaire d’ADN ?

Pour nous, c’est surtout une question de culture et d’expériences. Nos parents sont tous fans de musique ou musiciens. Très tôt, on a eu l’oreille éduquée, d’où l’envie de faire à notre tour de cette passion notre métier.

Pourquoi cette formation à cinq ?

[Simone] A la base, c’est presque un hasard. Minuit est né de la rencontre de Raoul et de Joseph, qui ont eu envie de faire de la musique ensemble, bientôt rejoints par Klem. Ils avaient besoin d’une voix, ils m’ont proposé de chanter avec eux, peu avant que Tanguy n’arrive dans le groupe. A l’époque, j’habitais Bruxelles, où j’étudiais dans une école d’art… Rien n’a été calculé.

Minuit, musicalement, un carrefour d’influences ?

C’est la base de notre identité musicale. On fait de la pop, avec tout ce que ça englobe, du rock à la funk en passant par les ballades… Nous sommes le fruit d’un brassage de cultures variées. Chacun dans le groupe a ses préférences. Avec, comme tronc commun, Prince et Michael Jackson.

Le conformisme, quelque chose qui vous effraie ?

Si on a l’air atypique, on ne fait rien pour se distinguer. C’est davantage une question d’éthique. Pour nous, ce qui prévaut, c’est d’être fidèles à ce qu’on est, pas de se conformer à la tendance. On n’a pas le sens de la formule. Tant mieux !

L’aspect esthétique du groupe, quelque chose d’important pour vous ?

On voit Minuit comme un projet intégral. L’image d’un groupe, c’est primordial, autant sur scène que dans les clips. On a tous rêvé sur des pochettes d’albums, ces espèces d’univers parallèles… Même si on aime beaucoup A$AP Rocky et ses costards blancs, on n’aurait jamais pu se glisser dans cinq mêmes uniformes. Chacun de nous a sa propre personnalité, qu’il doit faire valoir tout le temps.

Votre rapport à la mode, à la scène et à la ville ?

[Simone] J’adore les fringues depuis que je suis petite, j’ai toujours vu ça comme quelque chose de ludique. Et ce que je ne peux pas porter à la ville, je le garde pour la scène, où il n’y a pas de limites.

Vos plus grands chocs esthétiques ?

2001, l’Odyssée de l’Espace, les maîtres de la funk 80’s Rick James ou Cameo, une installation de James Turrell lors de l’exposition sur l’art cinétique au Grand Palais – une rencontre hyper forte, un de ces moments où le temps est en suspension et où on finit à la limite de la transe.

Votre définition de la faute de goût ?

Ce qui n’est pas assumé. Le fashion faux pas évolue tout le temps ; à notre époque, même le moche devient stylé… C’est tellement subjectif. Tout passe, ou presque, tant que c’est revendiqué comme tel.

Le rock résumé en un moment ou une image, comme un flash ?

Jimmy Hendrix qui brûle sa guitare. Et Prince en slip (une quintessence du mauvais goût, pour le coup) sur la pochette de Dirty Mind, son album de 1980.

Votre rapport au clan, à la tribu ?

Au coeur de Minuit, on fonctionne comme une micro-société. C’est une formation ultra-démocratique, une expérience très particulière, sans aucune hiérarchie, où on vote chacune des décisions qu’on prend.

Le vêtement dans lequel tous les membres du groupe se retrouvent ?

Le jean, hautement démocratique lui aussi. On en met tous.

En tournée dans toute la France à partir du 17 mars.

* Minuit (Because Music), déja paru.

Photos : Alexandre Tabaste

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